Un haut-lieu de la kétainerie : La compagnie Tremblay

Entre autres attraits touristiques, Baie St-Paul s’honore de l’un des établissements les plus kétaines au monde : un magasin dénommé «La compagnie Tremblay», foyer de la réputée «disagneure» Lynda Tremblay, déjà intronisée au Panthéon et célèbre pour son émission à la télé communautaire de Charlevoix. À faire pâlir d’envie les propriétaires du fameux Madrid !

Sis dans une bâtisse des années 50, pas très grande, façon bungalow rouge à vitrine orné d’une tourelle identique à une tour de contrôle d’aéroport, le magasin annonce ses couleurs dès l’entrée. La vitrine s’orne notamment de meubles des années 80 reconstituant un coin repas, d’une serviette déployée arborant un orignal et d’un cerf empaillé. Vous remarquerez les camions genre «pick up» rouillés des clients Rednecks stationnés le long du bâtiment.

Ce vidéo, déjà au site sous la rubrique Personnalités pour illustrer Lynda, a été tourné dans l'un des rayons de la cie Tremblay! On y voit pendant 9 minutes un bon échantillonnage de la marchandise de la section cadeaux et, à la toute fin, on montre l'extérieur de la bâtisse.

Dès l’entrée, vous êtes saisi par l’invraisemblable quantité d’objets hétéroclites qui encombrent entièrement le magasin. Gare à ne pas vous enfarger dans les objets qui jonchent le sol. La Cage aux sports, dans son ancienne mouture de restaurant-brocante, n’était rien à côté de la compagnie Tremblay ! Un vrombissement assez fort se fait entendre continuellement : il s’agit des machines souffleuses d’air alimentant les nombreuses et volumineuses décorations de Noel gonflées qui, entre autres bébelles des fêtes lumineuses ou non installées à l’année au travers de marchandises sans rapport, tel que celles du rayon quincaillerie ou celui des parquets et tapis.

À gauche, le rayon quincaillerie. Devant, de gigantesques statues-luminaires du genre «Louis Dionne», plus grosses que des tables à café et copieusement kitsch, vendues quelques centaines de dollars. Par exemple, un couple champêtre quasiment taille trois quart nature se balance sous des raisins lumineux. Suit le rayon quincaillerie : entre des pièces standards d’usage courant et de la peinture, constituant pas plus de la moitié de l’inventaire total du rayon, vous pouvez y dénicher d’authentiques artefacts neufs et invendus depuis les années 60 à 80, dont serrurerie, poignées d’armoires aux couleurs pastel ou coloniales, etc., identifiables grâce à une généreuse couche de poussière. Vous pourrez cependant y dénicher quelques trésors, du genre de ces poignées de porte en porcelaine de style provincial français, peintes de faisans, vendues 98$ la paire.

Au fond, le département rénovation et décoration d’intérieur. Je fus saisi d’horreur par plusieurs éléments remarquables et dignes du salon d’Elvis Gratton tel que représenté dans le premier film de la série au début des années 80, notamment le papier peint brocard dont les motifs en reliefs sont en velventine. Le jaunissement et l’état éventé de la colle ne laissait aucun doute quant à l’authenticité de l’âge de la relique. Idem pour les magnifiques rouleaux de tapis des années 70, dont un très grand motif de treillis «moderne» orange et jaune sur fond brun ayant fait la mode dans les motels cheaps de l’époque. De nombreux paquets de tuiles de prélart identiques à celles trouvées dans certains Dollorama jonchaient le sol, ouverts et laissant déborder leur contenu. Section cadeaux, vous apercevez de «magnifiques» et volumineux miroirs baroques en résine, souvent ornés d’animaux stylisés, des rideaux de billes on ne peut plus kitsch et les habituels bibelots d’angelots ou animaux représentatifs des cultures rocker ou autochtone telles que recyclées par la rednecktitude. Leur principale particularité, par rapport à ceux du même genre vendus dans les dépanneurs ou magasins à rabais genre «La différence» est leur volume et leur prix proportionnel.

Vous tombez ensuite dans le rayon Redneck, c’est-à-dire celui des vêtements camouflage, des armes, de la chasse et de la pêche. Au travers du matériel du chasseur et du pêcheur, une quantité impressionnante de beaux petits bibelots de résine sur ces thèmes. Vous serez vivement impressionné par le nombre incroyable d’animaux plus ou moins bien empaillés suspendus dans chaque recoin du plafond ou placés à travers la marchandise sur les tablettes, beaucoup d’entre eux franchement mités et ayant besoin d’un bon coup d’aspirateur.

Mais ce texte est bien imparfait à vous traduire l’impression générale qui s’impose à la visite de ce lieu absolument incroyable, je dirais même surréaliste de kétainerie incurable ! Même les vidéos des aménagements de Mme Lynda Tremblay ne peuvent y suffire car il y manque les aspects Noel du campeur et redneck, ainsi que tous les excès, les artefacts et le goût du «think big» qui contribuent de façon non négligeable à cette atmosphère très particulière qui en fait selon moi sûrement l’un des lieux les plus kétaines au monde, toutes catégories d’établissement confondues. J’en conseille vivement la visite personnelle à tout fan du Panthéon, car votre sourire incrédule vous récompensera du déplacement !