Ce texte fut publié originalemement sur le site de Matinternet et son auteure, Francine Allard, m'a donné sa "bénédiction" pour le reproduire sur mon site.

Mes enfants, comme les vôtres sans doute, ont suivi des leçons de musique, de ballet et de théâtre. Leur père et moi, quand ce n'était pas aussi les grands-parents et les parrains-marraines, nous nous sommes souvent retrouvés dans une serre humide quelque part en juin, pour assister à une démonstration des talents de nos rejetons. Le problème, c'est qu'avant d'apprécier la prestation des nôtres, il fallait aussi endurer celle de tous les autres enfants. Et surtout celle des tout-jeunes qui, le petit derrière en l'air, qui, ne se souvenant pas des pas-de-deux, qui encore, balbutiant un petit compliment avec l'index dans la bouche! Oui, c'est bien mignon. Mais souvent, je me suis posé cette question: pourquoi un récital? Pour les enfants? Pour les parents? Ou pour prouver aux parents que les professeurs ne se sont pas tourné les pouces?

En Chine ou au Japon, avant de se présenter à un récital, les enfants doivent le mériter. Ils doivent fournir l'effort nécessaire pour se hisser parmi ceux qui pourront faire partie du spectacle. Au Japon, dans les ateliers de poterie, la première année, un élève pourra avoir le privilège de balayer le plancher avant d'avoir le droit d'étudier avec le Maître lui-même. Ça lui prendra six ans avant d'exposer ses oeuvres et de mériter le titre d'artisan porcelainier.

Ici, aussitôt qu'un quidam est inscrit à un cours de peinture dans le sous-sol de son voisin (qui lui-même en a suivi durant six mois...) il expose ses copies de Renoir signées Fernand (si ce n'est FERN) qu'il vend 300$! Aussitôt qu'un enfant finit par jouer Frère Jacques à la flûte traversière, il est inscrit sur le beau programme du spectacle de fin d'année de son école. Ô douleur!

Certains pédagogues disent que ces spectacles encouragent les enfants à poursuivre l'expression de leurs talents. Moi, je dis que nous sommes en train de créer une génération de prétentieux qui n'apprendront jamais àse dépasser pour accéder à l'excellence.

Francine Allard (Matinternet)